La 80e édition du Festival d’Avignon commence samedi 4 juillet, dans un contexte où le nouveau maire de la ville demande que la culture demeure neutre et alors que les priorités de la ministre de la culture actuelle semblent bien loin de celles du créateur de l’événement, Jean Vilar.
LaLa politique culturelle française ne s’est pas inventée au Festival d’Avignon, dont la 80e édition commence samedi 4 juillet, mais elle y puise une large part de ses mythes fondateurs : élargissement des publics, patrimoine classique rendu accessible, corrélation entre vigueur de la création artistique et bonne santé de la démocratie…
Pour le dire comme l’historienne Emmanuelle Loyer, coautrice de l’ouvrage Histoire du Festival d’Avignon (Gallimard, 2007) depuis réédité : « L’important à Avignon, ce n’est pas seulement ce qu’on y voit. La spécificité de ce festival, depuis l’époque de [Jean] Vilar [créateur de la manifestation – ndlr], a été de construire un espace public de discussion sur la culture, la politique culturelle, ce qu’est une œuvre d’art, ce que la société attend de l’art. »
Cette place particulière tient à deux dimensions. La première est constituée par le fait que le théâtre serait à la fois une métaphore et un creuset de la démocratie. De tous les arts, le théâtre est celui dont les vertus civiques et les dimensions politiques sont décrites comme consubstantielles.
D’Athènes, il hérite l’idée d’incarner une représentation en actes de la cité. De Bertolt Brecht, l’injonction de porter la réalité sur scène pour la remettre en cause. De Jean Vilar, la mission d’être un « service public » capable de réunir dans un même lieu « l’épicier de Suresnes » et les habitant·es des beaux quartiers.
C’est pour cette raison que, selon les termes de la théoricienne du théâtre Diane Scott, « le remplissage des salles, qui est l’obsession des programmateurs du théâtre public, n’est pas une question économique mais une question profondément idéologique. L’assemblée théâtrale, en tant que métaphore de la démocratie, ne saurait être vide ».
La seconde est liée au fait que la naissance du Festival d’Avignon s’inscrit dans l’élan de la Résistance, avec notamment le rôle qu’y tint, aux côtés de Jean Vilar, le poète René Char, « Capitaine Alexandre » dans le maquis.
La politique culturelle, telle qu’elle se dessine au Festival d’Avignon puis se structure sous l’impulsion de l’écrivain et résistant André Malraux, hérite ainsi du programme des « Jours heureux » élaboré dans la clandestinité pendant la Seconde Guerre mondiale.
Programme dont une des lignes de force est que « tous les enfants » doivent pouvoir « accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents ». Et il s’agit là d’une des conditions pour fonder une « République nouvelle ».
Un vertige inédit
À l’image d’une politique culturelle confrontée aujourd’hui à un vertige inédit sur ses orientations et même sa pérennité, la 80e édition du Festival d’Avignon s’ouvre « sous le drapeau des questions » : un étendard jaune avec en son centre un vaste point d’interrogation noir.
Parce que, écrit le directeur du festival, Tiago Rodrigues, dans son édito : « Dans une époque minée par de mauvaises réponses, parfois trop simplistes pour mieux diviser une société déjà dramatiquement polarisée, il est plus que jamais nécessaire de se rassembler pour cultiver l’amour des questions et la beauté du doute. »
Mais le collectif « Livrer bataille », qui a réuni un nombre impressionnant de compagnies du spectacle vivant lors de sa première assemblée générale qui s’est tenue début juin au Théâtre public de Montreuil et prévoit d’autres rassemblements pendant le Festival d’Avignon, écrit de son côté : « Notre art consiste à poser des questions, comme le rappelle l’affiche du prochain Festival d’Avignon, mais pour continuer à l’exercer, nous avons besoin de réponses. »
Le monde de la création est en effet dans l’expectative, voire dans la plus grande inquiétude, face à des mouvements de fond au sein desquels s’imbriquent massacres budgétaires, reconfigurations politiques et sentiment que les limites et échecs de la politique culturelle mise en place dans l’après-guerre sont devenus des brèches dans lesquelles s’engouffrent des logiques restrictives et punitives d’une ampleur inédite.
Censure idéologique assumée
Sur le plan politique, le monde culturel doit ainsi faire face à une offensive massive venue en priorité d’une droite et d’une extrême droite revanchardes, même si certains exécutifs de gauche suivent un mouvement général qui ne...
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