Dans leur baromètre de l’emploi 2025, la Fevis et Audiens relevaient que les femmes de plus de 45 ans disparaissaient du paysage musical. Les raisons sont multiples. Décryptage.
Dans les couloirs de la Philharmonie ce 25 novembre, face à l’écran, ils et elles sont plusieurs à lever la main, interloqués : « Où sont les femmes ? » En plein New Deal, la Fédération des ensembles vocaux et instrumentaux spécialisés (Fevis) présente son baromètre de « l’emploi artistique dans les ensembles indépendants » 2025, en collaboration avec Audiens. L’ombre d’une grande absente semble se dessiner entre les graphiques et tableaux à double entrée : la musicienne de plus de 46 ans. Selon les chiffres affichés sur l’écran, près de la moitié des intermittentes du spectacle disparaît des statistiques de l’emploi, passé cet âge.
Entre 36 et 45 ans, elles sont 1 027 pour 1 131 hommes, représentant 88 % de la masse salariale des ensembles interrogés. Passé 46 ans et jusqu’à 55 ans, elles ne sont plus que 590 pour 892 hommes. Puis après 56 ans, c’est encore la dégringolade : les musiciennes quinquagénaires ne sont plus que 257 pour 493 hommes, soit 34 % de la masse salariale. Qu’est-ce que ces chiffres racontent de l’emploi des femmes, et plus particulièrement de notre secteur ?
Certains ensembles indépendants
Déjà, il ne faut pas s’alarmer, tempère Romain Eyssautier. Data-analyste senior chez Audiens, il est l’heureux papa de ce baromètre de l’emploi : « Il me tient à cœur et mérite qu’on travaille dessus, car il présente des données qui n’étaient pas visibles avant. » L’outil créé en 2023 se base sur les données transmises par la Fevis et les DSN des ensembles, c’est-à-dire les fiches de paie, les arrêts de travail, les maladies, les congés maternité et paternité, les fins de contrat, etc. Il s’agit uniquement des ensembles faisant partie de la Fevis, précise le statisticien, et non de l’intégralité des ensembles indépendants de France. Il a donc procédé à un nouveau calcul, plus fin, et ses chiffres sont moins tranchés mais toujours négatifs pour les femmes : « J’ai analysé une cohorte de 70 hommes et 70 femmes de plus de 40 ans dans le périmètre de la Fevis et leurs parcours depuis 2018 jusqu’à 2025 », explique-t-il. En conclusion, le data-analyste estime que 10 % de femmes quittent le métier au-delà de 40 ans.
Hypersexualisée, enceinte ou périmée
Ce « petit » pourcentage se ressent autrement sur le terrain. « On a un peu l’impression d’être périmée passée 50 ans », regrette Anne, violoniste intermittente du spectacle de 53 ans. Elle constate une diminution de ses cachets depuis dix ans : « J’étais à la limite de valider mon intermittence l’année dernière… », soupire-t-elle. « Dans les ensembles les plus médiatisés, je relève un plus grand écart d’âge entre les femmes et les hommes, symptôme, selon moi, d’une hyper-sexualisation du corps des jeunes femmes qui explique qu’après 40 ans, elles disparaissent », réagissait Karine Huet, secrétaire générale du SNAM-CGT, dans nos colonnes en janvier. D’après Romain Eyssautier, on retrouve effectivement les femmes en dessous de 35 ans majoritairement dans les grands ensembles quand les femmes seniors jouent plutôt dans les ensembles de...
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