Ces professionnels jouent un rôle essentiel auprès des artistes. Mais peu ou mal considérés par l’industrie, ils ont pris conscience de la nécessité de se fédérer.
C’est une expression galvaudée, mais elle reste vraie : l’union fait la force. Ces derniers mois, les managers du secteur de la musique se sont attaqués à un chantier de taille : se définir, s’unir et se faire reconnaître par les institutions publiques ou les organismes régissant l’industrie, qui, jusqu’alors, les considéraient peu. Leur activité est pourtant un rouage essentiel de la création et de sa structuration. Partenaires privilégiés des musiciens, les managers sont, au quotidien, leur intermédiaire auprès des différentes structures : label, maison d’édition, producteurs de concert, institutions publiques ou administratives… Ceux qu’on appelait jadis les imprésarios interviennent à chaque étape de la vie des artistes, aussi bien dans le cadre des négociations contractuelles ou des questions de rémunération que dans la sphère privée, veillant à la santé mentale de leur poulain.
Calé de longue date sur celui des agents de cinéma, leur statut, semble devenu totalement inadapté avec la diversification croissante de leurs missions. C’est pourquoi, en octobre 2024, une poignée de professionnels du management ont fondé l’Uman, Union des manageuses et managers de la musique, pour réussir là où aucune association, syndicat ou fédération n’était auparavant parvenue : s’imposer comme interlocuteur légitime auprès des représentants de l’industrie et des pouvoirs publics. En même pas deux ans d’existence, l’Uman compte désormais plus de 220 membres, et représente la majorité de la profession, ce qui confirme qu’il y avait un réel besoin de cette fédération.
Un métier dans le flou juridique
L’Uman n’est pourtant pas la première initiative du genre. Mais, fondé en 1999, le Manager Music Forum France (MMFF) est aujourd’hui en sommeil et l’Alliance des managers d’artistes (Ama), créée en 2014, souffre d’un manque de crédibilité et de représentation de la profession. «J’ai rejoint ces initiatives, mais elles ne se sont jamais montrées probantes ou efficaces», reconnaît Christian de Rosnay, de l’agence Etendard Management, qui travaille notamment pour Justice, Louisahhh ou DJ Pone. «La volonté était noble, mais il n’y avait pas de suivi, comme un coup d’épée dans l’eau.»
L’Uman n’est pas jugé aussi sévèrement. Sous l’impulsion de son fondateur Alexis Sevenier, manager entre autres de Solann, Cult of Luna ou Jan Verstraeten, la jeune union est désormais assise à la table des négociations, notamment avec le CNM, le Centre national de la musique, s’efforçant de sortir ce métier d’un flou juridique qui laisse les plus précaires des managers, les plus jeunes mais pas uniquement, à la merci des récentes mutations de l’industrie musicale et de ses vents contraires. «Longtemps, la profession de manager n’a bénéficié d’aucune aide, y compris venant du Centre national de la musique, se souvient Alexis Sevenier. C’est le seul métier de la musique dans ce cas. Personne n’a réellement pris le sujet de la structuration de la profession à bras-le-corps. Certains d’entre nous ont des sociétés alors que d’autres ont dû opter pour le statut d’autoentrepreneurs ou même d’intermittents du spectacle. C’est un métier très solitaire et complexe. On bosse tous un peu dans notre coin.»
De nouvelles missions
Si l’Uman semble sur d’aussi bons rails aujourd’hui, c’est sans doute parce que ses membres sentent bien que leur métier s’est dernièrement complexifié. Le fruit était mûr, comme on dit. «Il y a encore six ou sept ans, les labels développaient les projets musicaux et assuraient une partie des missions annexes de la vie de l’artiste», rappelle Timothée Plas, membre de l’Uman, cofondateur de Hotline Management, qui travaille notamment avec Victor Le Masne, PLK ou Woodkid. «Depuis la crise du disque et l’essor du streaming mais aussi des réseaux sociaux, les artistes, devenus de plus en plus indépendants, doivent gérer leur propre structure, leur budget, leur identité, leurs contrats, leur marketing parfois, ce qui se répercute forcément sur le travail des managers. Ils sont dorénavant sollicités pour des missions qu’ils ne remplissaient pas à l’époque de la surpuissance des maisons de disques et ce, sans même bénéficier d’un statut légal clair.» Par la force des choses, les managers ont ainsi vu leur rôle dans l’industrie se renforcer mais, dans le même temps, leur fragilité, économique notamment, s’accentuer. Cette question de statut, tout à fait centrale, est définie par...
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