Le chanteur portoricain Bad Bunny a reçu le prix du meilleur album, une première pour une œuvre en espagnol. Il s’en est pris à la police de l’immigration, comme de nombreux artistes présents à la cérémonie, à Los Angeles.
Sonnés par Donald Trump, les artistes commencent à se réveiller. Lors de la cérémonie des Grammy Awards, qui se tenait dimanche 1er février à Los Angeles, en Californie, chanteurs et musiciens se sont élevés contre la politique migratoire de l’administration Trump et, en particulier, contre la police de l’immigration, l’ICE, alors que deux citoyens américains ont été tués par des agents fédéraux à Minneapolis (Minnesota) en janvier. Le plus véhément fut le chanteur portoricain Bad Bunny, qui a réalisé une première en remportant, entre autres, le prix du meilleur album pour une œuvre en espagnol DeBI TiRAR MaS FOToS.
« Avant de remercier Dieu, je vais dire : dehors ICE ! Nous ne sommes pas des sauvages, nous ne sommes pas des animaux, nous ne sommes pas des étrangers. Nous sommes des êtres humains et nous sommes américains », a déclaré le chanteur en direct pendant la cérémonie diffusée sur CBS (Porto Rico est un territoire américain).
Le ton toutefois n’était pas frontal. « Je sais qu’il est difficile de ne pas haïr ces temps-ci, et je me dis parfois que nous sommes contaminés… La seule chose plus puissante que la haine, c’est l’amour. Nous devons être différents. Si nous devons nous battre, faisons-le avec amour. Nous ne les haïssons pas. Nous aimons notre peuple », a déclaré le chanteur, dont on ne sait s’il adoptera un ton aussi militant lors de la soirée du Super Bowl, la finale du championnat de football américain, le 8 février, un événement qui réunit toute l’Amérique, trumpiste comme antitrumpiste.
Contestation à fleurets mouchetés
La soirée était subtile, avec des pin’s « ICE out », portés par certains, mais pas par tout le monde. La contestation à fleurets mouchetés a beaucoup tenu au maître de cérémonie, Trevor Noah, comédien et humoriste sud-africain, qui présidait sa sixième et dernière soirée des Grammy, la diffusion devant être reprise en 2027 par le groupe Disney. Trevor Noah avait aussi à jouer avec le nouveau propriétaire de la chaîne, la famille de Larry et David Ellison, grand ami de Donald Trump.
L’humoriste a veillé à ce que la soirée reste avant tout un show de la musique. « Les Grammy Awards célèbrent le meilleur de la musique sous toutes ses formes. Et quand je dis “toute la musique”, je parle bien de toute la musique : hip-hop, country, jazz, classique, rock africain, et pas seulement de la musique… Il y a même une catégorie pour le meilleur message vocal de votre grand-mère ! » Une fête pour tous, plus précisément pour toutes les stars. « Il y a tellement de célébrités dans cette émission, j’ai l’impression d’être au mariage de Jeff Bezos, mais avec beaucoup plus de personnes noires », a plaisanté Trevor Noah. Mais derrière la musique s’entendait la petite mélodie politique.
Olivia Dean, qui a reçu le prix de la meilleure révélation, a bravé sa timidité pour s’exprimer, elle aussi. « Je suis la petite-fille d’une immigrée. Je ne serais pas là sans eux. Ces personnes méritent d’être célébrées. Nous ne sommes rien les uns sans les autres. » L’heure est plus à l’espoir qu’à l’action frontale, comme l’a expliqué Billie Eilish, distinguée pour la chanson de l’année, Wildflower : « Personne n’est illégal sur une terre volée [aux natifs américains]. C’est vraiment difficile de savoir quoi dire et quoi faire en ce moment. Et pourtant, je ressens beaucoup d’espoir dans cette pièce. J’ai l’impression que nous devons continuer à nous battre, à nous exprimer et à manifester. »
« Ne désespérez pas »
Le rappeur Kendrick Lamar, lui, n’a pas fait de discours politique en recevant le prix du meilleur enregistrement pour Luther, mais sa colauréate, SZA, a pris...
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