Auditions pour « Franciliens uniquement », Airbnb payés par les artistes… Si le logement des interprètes représente un coût financier et logistique que doit prendre en charge l’employeur, il n’est pas rare que celui-ci s’en déleste sur ses salariés.
Des chanteurs défrayés pour se loger sur une production, mais pas leurs collègues féminines ? Si cette situation vous semble peu vraisemblable, elle s’est pourtant réellement produite il y a quelques mois, lors d’une audition organisée par une grande maison d’opéra : « Il y a tellement plus de chanteuses que de chanteurs que la direction sait très bien qu’elle trouvera toujours une soprane qui acceptera de dormir sur un bout de canapé pour faire ses heures », constate avec un certain cynisme un musicien. Si cette pratique choque, elle est pourtant courante dans le monde de la musique. Alors que compagnies et lieux de diffusion doivent se serrer la ceinture, l’hébergement devient l’une des nombreuses variables d’ajustement.
Des maisons pas très accueillantes
Un employeur a pourtant le devoir d’indemniser sa ou son salarié lorsque la production a lieu loin de son logement. Dans les faits, un grand nombre d’employeurs contournent la loi. Les danseurs d’une coproduction dans le sud de la France en ont (littéralement) fait les frais en 2024. L’avis d’audition, d’abord à l’Opéra de Toulon, précisait explicitement que la structure recherchait des artistes locaux, une pratique « courante » dans le milieu, regrettent Théo* et Aurélien*, danseurs recrutés pour le spectacle : « On nous a demandé d’inscrire sur nos contrats une adresse à Toulon », s’insurgent-ils.
Après avoir négocié avec la direction des heures de préparation corporelle non comptabilisées dans leur rémunération, les interprètes sélectionnés ont tenté également d’aborder la question du défraiement pour le logement : « On nous a rétorqué que nous devions déjà nous estimer heureux d’avoir reçu un peu plus d’argent pour le temps d’échauffement. » Théo, devant cette injustice, relance à plusieurs reprises l’administration par e-mail : « J’ai tenté d’exposer mon propre cas, puisque je devais payer deux loyers au cours du même mois. On ne m’a répondu qu’une seule fois, pour me dire que la situation personnelle des employés n’était pas du ressort de l’opéra. » Contacté, l’Opéra de Toulon n’a pas souhaité répondre à nos questions.
Pour « Franciliens uniquement »
Le spectacle se poursuit à l’Opéra de Montpellier. Les danseurs, déjà échaudés par leur expérience toulonnaise, doivent cette fois signer une clause indiquant être « hébergés gracieusement » à Montpellier. Avec le concours du SNAM-CGT, les artistes obtiennent finalement un avenant à leur contrat, afin de recevoir les indemnités « grand déplacement » prévues par la convention collective : « Bien souvent, personne n’ose monter au créneau de peur d’être blacklisté, regrette cependant Aurélien. Quand les maisons ne nous nous défraient pas, il nous reste à choisir entre refuser un contrat qui nous assure pourtant des heures d’intermittence, et accepter de travailler dans de mauvaises conditions. »
La maison montpelliéraine, avec qui nous avons échangé, assure que cette situation est exceptionnelle : « Le projet avait été d’abord prévu avec des danseurs locaux, explique Karine Joly, directrice de production. Le chorégraphe est revenu sur sa décision et nous a demandé d’accueillir les artistes qui avaient dansé à Toulon, alors que les budgets étaient bouclés. » Un cas de figure qui ne s’était jamais présenté à elle « en un quart de siècle » : « Il importe pour la direction comme pour moi-même que les artistes se sentent respectés et soient satisfaits des conditions de travail à Montpellier », insiste Karine Joly. Conclusion heureuse pour les danseurs : l’Opéra de Dijon, où doivent se tenir les dernières représentations du spectacle, s’était dès le...
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