Bertrand de Roffignac, comédien découvert chez Olivier Py, dirige Le Théâtre de la Suspension. Il va ouvrir L’ANOMALIE dans l’ancienne Académie de la Grande Chaumière, dans le 6e arrondissement de Paris, avec une programmation artistique prévue du 23 avril au mois de juillet 2026.
Au début de l’année, lorsque Bertrand de Roffignac présente son diptyque à l’Épée de Bois, un promoteur privé lui propose d’occuper cet espace. Cela fait un bout de temps que le metteur en scène avait demandé à la Mairie de Paris d’expérimenter « de manière très empirique un modèle qui pourrait être complémentaire à celui du théâtre public ». Au début, il refuse, car le lieu ne correspond pas à ce qu’il recherche : il est nu, il faut tout aménager. Il souhaite se donner du temps de réflexion pour éventuellement envisager une occupation à l’automne, mais le promoteur lui met la pression. « Quand nos camions ont quitté la Cartoucherie, ils ont pris directement la direction du 6e arrondissement et on a dû tout construire extrêmement rapidement. »
Depuis dix ans, sa compagnie est en quasi-autonomie sur le plan économique, artistique et logistique. L’opération est totalement autofinancée. « C’est une prise de risque totale. J’ai accepté de foncer et de m’endetter pour le faire, parce que je pense que ma génération artistique a besoin que ça existe, explique Bertrand de Roffignac. On a besoin de prendre le contrôle des outils pour créer, on a besoin d’indépendance et d’autonomie. Donc, pour le moment, c’est entièrement soutenu par mes fonds propres et ceux de la compagnie. On doit trouver l’équilibre financier avec la billetterie et le bar. »
Le jour, le lieu sera ouvert aux répétitions, à des ateliers, à des résidences et, le soir, place aux spectacles, concerts, fêtes et expériences collectives. L’ANOMALIE utilise le matériel du Théâtre de la Suspension. « On a mis nos projecteurs à disposition, nos tables, notre matériel technique pour accueillir les compagnies dans les meilleures conditions possibles », souligne Bertrand de Roffignac, qui expérimente avec cet endroit une nouvelle forme de lieu culturel, dans un format économique inédit, loin des outils développés par les institutions. « Je viens du service public, mais il faut reconnaître que l’outil est fatigué pour des raisons objectives que tout le monde connaît, qui sont les coûts structurels des maisons et la baisse de la marge artistique. On a de moins en moins d’espace de liberté et cela se répercute sur nous, les compagnies, en premier lieu. Alors, on est contraint d’inventer. Si on veut pouvoir survivre et continuer à avoir une vraie liberté artistique, une vraie exaltation, on est contraints d’imaginer des modèles complémentaires à ceux qui existent. Il faut trouver une souplesse à la fois économique et artistique, qui est humaine aussi. »
Un lieu chargé d’histoire
L’ANOMALIE s’installe dans l’académie de la Grande Chaumière, fondée en 1904, haut lieu de la peinture de Montparnasse, qui a vu passer les plus grands noms de l’art moderne, de Modigliani à Chagall, de Bourdelle à Louise Bourgeois. Hugues Jourdain, Daniil Orlov, Zakary Bairi, Anne-Laure Thumerel, Marion Gautier de Charnacé et Karelle Prugnaud vont s’y produire dans les...
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