Le secteur demeure absent du débat politique. Pourtant, l’écosystème du livre subit des coupes budgétaires historiques, le statut des artistes se précarise et notre exception culturelle fait l’objet d’offensives idéologiques inédites, relève l’éditeur et metteur en scène Alexandre Curnier.
La campagne pour l’élection présidentielle de 2027 a commencé, et les candidats se pressent devant les journalistes avec des solutions pétries. La sécurité, la dette, les retraites – préoccupations légitimes des Français – y sont abordées avec le ton de la polémique et du commentaire. Sans surprise, la culture reste la grande absente des enjeux des programmes, tant chez les candidats que chez ceux qui les invitent. A quelques mois du scrutin, une poignée d’articles souligneront l’absence totale de projet culturel.
Cette indifférence est aberrante quand on constate la foule de suspicions, d’attaques, de polémiques et de fantasmes que le champ culturel provoque en continu – de la commande des vitraux à Claire Tabouret pour Notre-Dame au grand chantier «Louvre - Nouvelle Renaissance» au déplacement de la tapisserie de Bayeux, en passant par le fonctionnement du CNC ou l’audiovisuel public –, alors même que la culture est partout, sollicitée pour animer nos villes et nos villages cet été à travers des milliers de festivals célébrant nos artistes, nos techniciens, et la diversité de la création (théâtre, lectures, expositions, cirque, danse, concerts, etc.).
La culture doit s’imposer comme un sujet de cette campagne, notamment pour en finir avec les poncifs assénés par une classe politique volontairement ignorante qui n’hésite plus à s’octroyer un droit d’usage et de censure sur les directeurs d’institutions, les programmations et les artistes.
Beaucoup tentent de faire croire que les artistes forment une «caste» de privilégiés, des parasites biberonnés aux subventions. C’est faux. La majorité des artistes vit sous le seuil de pauvreté. D’autres menacent notre exception culturelle et dénigrent un cinéma français qui financerait des films que personne ne va voir. C’est encore faux.
Les films qui rassemblent moins de 20 000 spectateurs représentent moins de 1 % des séances et moins de 5 % des aides publiques (1). Rappelons d’ailleurs une vérité essentielle : le budget du CNC n’émane pas du contribuable. Grâce à ce mécanisme unique, la France est le seul pays d’Europe où les films nationaux dépassent les productions des Etats-Unis en parts de marché (2).
Garantir la diversité culturelle
Il faut interroger les candidats sur la question de la concentration des médias, de l’édition et de l’avenir précaire des librairies. Si ces commerces de proximité s’éteignent, les éditeurs indépendants mourront avec eux. Ce sont 4 000 éditeurs de taille modeste, parfois très fragiles, qui garantissent notre diversité culturelle.
Pourtant, entre la baisse de 25 % du budget du livre, la coupe de 15 % des crédits du CNL (3) et la fin du tarif postal spécifique, tout cet écosystème littéraire est aujourd’hui en péril. «Face à l’inattention et à la solitude, il y a la lecture et les mots. Chérissons-les», déclarait pourtant Emmanuel Macron.
Les ministres de la Culture se succèdent et, avec eux, les mêmes déclarations d’intention : «La culture est l’un des leviers les plus fondamentaux de la transformation» ou encore «Rendre la culture accessible à tous».
Avec la nomination de Catherine Pégard, Emmanuel Macron aura usé son sixième ministre de la Culture depuis 2017. Un record de rotation qui porte la moyenne à 17 mois par titulaire, ne laissant que 14 mois à Catherine Pégard pour agir.
Imposons la culture dans le débat présidentiel et exigeons la continuité et l’application des politiques publiques. Trop de dossiers majeurs restent sans réponse ou tombent dans l’oubli.
Qu’avons-nous fait de la mise en œuvre des treize mesures – sur les trente et une préconisées – du rapport sur la photographie remis en mars 2022 par la conseillère d’Etat Laurence Franceschini, alors même que...
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